Récits de voyage

Des livres. Des films.

Le koala tueur

Kenneth Cook

Kenneth Cook n’en est pas à son coup d’essai lorsqu’il publie en 1986 son recueil de nouvelles, peu avant sa disparition. Et ce premier tome est certainement le plus jouissif, parce qu’il concentre en une centaine de pages tout ce qui fera par la suite le succès posthume de cet auteur : un humour décapant, entre absurde et invraisemblable, avec pour décor le bush australien.

Un koala tueur, vraiment ?

Des koalas tueurs, des montreurs de serpents alcooliques…

Kenneth Cook est un écrivain de terrain : il a campé très souvent dans le bush australien et y a observé la faune à de nombreuses reprises. Ses personnages principaux (oui, car il s’agit bien d’animaux personnifiés) sont le koala, le chameau, le serpent, le cochon sauvage, le kangourou ou le crocodile. Son cadre : une rivière, un désert rouge ou le pub d’un village isolé. Son scénario préféré : un ami ou une connaissance (souvent prénommé Bill) l’emmène dans des aventures improbables dont il ne reviendra pas indemne.

L’auteur débute ainsi son livre avec un montreur de serpents alcoolique, enchaîne avec une escapade d’observation de la vie sexuelle des crocodiles et poursuit avec le désormais célèbre « koala tueur », dont le ton est donné dès les premiers mots de la nouvelle :

« Je n’aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n’ont pas un poil de gentillesse. […] Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. »

Cette relation de haine et d’amour avec le bush australien est le moteur de l’oeuvre de Kenneth Cook. Et chacune des 15 nouvelles composant ce premier tome montre cette ambivalence de manière cocasse. Oui, car j’ai ri à chaque nouvelle, souvent plusieurs fois, et j’en suis pourtant à ma troisième lecture !

Un voyage hilarant dans toute l’Australie rurale

Depuis mes premiers voyages en Australie, j’ai pour compagnons de route les livres de Kenneth Cook. Sa description du bush des années 70 et 80 est toujours d’actualité : le nombre de « Bill » que j’ai pu y rencontrer dépasse l’entendement, les pubs isolés où seul l’alcool est servi aussi. Je me rappelle être entré innocemment il y a quelques années dans un pub isolé du centre de l’Australie et ne pas en être ressorti sans avoir bu quelques verres « obligatoires » (les locaux étaient ravis de se distraire avec un touriste de passage, le propriétaire m’ayant donné le gage suivant : pas d’alcool pris au bar, pas de photos de l’intérieur de son pub). Le décor était tellement insolite que j’ai bu quelques verres (avec modération bien sûr) pour faire mes clichés, tout en riant de ma bêtise avec eux !

Mais revenons à Bill… pardon… Kenneth pour le mot de la fin. Qui mieux que lui peut décrire les travers du narrateur et l’atmosphère hilarante qui se dégage de chacune de ses histoires :

Parmi mes nombreux défauts, je suis affligé de l’incapacité de distinguer les personnes saines d’esprit des fous à lier. Peut-être la différence est-elle minime, peut-être suis-je moi-même légèrement demeuré.

On adore tes défauts Kenneth, et « Le koala tueur » est certainement le livre par lequel il faut commencer pour découvrir ton oeuvre. Un classique obligé de la littérature contemporaine australienne.

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