L‘Antarctique, mon rêve ultime

Podcast de voyages

Lorsque Camille m’annonça qu’elle partait plusieurs mois découvrir l’Amérique du Sud et l’Antarctique, je vis dans son regard l’excitation du départ, un voyage pour beaucoup extraordinaire, et aussi l’incertitude de ce qu’elle allait y trouver. Bien sûr, il est aujourd’hui beaucoup plus facile qu’il y a un siècle d’atteindre le continent blanc, mais chaque voyageur sait que ce n’est pas la destination qui compte. Le voyage a cette puissance de vous faire fuir, ou peut au contraire vous donner la chance de vous découvrir un peu plus. Camille le savait : n’y a-t-il pas plus belle expérience que de vivre son rêve aux sons des baleines ?

« C’était le rêve ultime de tous mes voyages. »

C’était un rêve pour moi, un rêve qui m’est resté chevillé au corps pendant de nombreuse années. J’aime bien les paysage du Grand Froid : les couleurs, tu as du blanc, du bleu et toute la faune avec des pingouins et des tas d’espèces animales qu’on ne croise pas chez nous au quotidien. Et puis il y avait toutes ces aventures et ces idées de voyages qui me trottaient dans la tête, avec ces brises-glace, avec l’idée que tu ne peux partir qu’une partie de l’année et que si tu pars un peu trop tard ou un peu trop tôt, tu pourrais rester enfermé dans la glace. Ca, ça me faisait rêver. Et puis j’ai vu le film « La marche de l’Empereur » qui m’a complètement fait rêvé. Tout ce que je voyais de près ou de loin sur ce continent me faisait rêvé.

L’Antarctique était mon rêve de voyage ultime – Camille

« La vie à bord du bateau : des moments extraordinaires. »

Comme c’était l’aboutissement de mes voyages ultimes, j’ai pris le package le plus grand, avec un bateau faisant une grande boucle vers le continent Antarctique en passant par les îles Falkland à la Géorgie du Sud. Je suis partie avec une compagnie qui organise des expéditions pour partir au Pôle Sud pour un périple de trois semaines. On passe presque la moitié du temps en mer, et tu peux avoir jusqu’à deux jours complets de traversée en bateau entre deux étapes. On était une centaine de personnes à bord, des gens du monde entier : d’Australie, d’Europe, d’Amérique du Sud… Plein de nationalités différentes : des gens extrêmement sympathiques, humbles et hyper curieux. Les moments à bord étaient extraordinaires. Tout est fait pour que ça se passe bien.

Comme les temps de transport sont assez longs, il y a des experts dans l’équipage pour nous accompagner. Géologie, histoire, ces scientifiques ont passé au minimum 6 à 12 mois sur le continent Antarctique. Il y a donc sur le bateau de nombreuses conférences de ces experts, qui nous racontent leurs recherches et nous apprennent plein de choses. On est donc bien occupé et il y a aussi des activités sur le bateau avec des moments conviviaux : soirée sur le dance-floor, bar pour boire un verre. Mais surtout, les gens étaient extraordinaires.

« J’étais émerveillée d’être si proche des pingouins, des phoques… »

Les îles Falkland ressemblent beaucoup à la Norvège. On a commencé à voir des pingouins et il y avait un endroit où les oiseaux avaient tous fait leurs nids. Il y avait une falaise avec ces nids : tu voyais les oeufs, les bébés oiseaux. Il y en avait des dizaines et des dizaines, à seulement quelques mètres. J’étais émerveillée par cette nature toute proche : à un mètre, tu avais des pingouins, plus loin des phoques. Il faut savoir que les phoques se comportent parfois comme des petits chiens : les scientifiques nous racontaient qu’ils les suivaient dans leurs expéditions, qu’ils jouaient avec eux en leur mordant les bottes.

Manchots d’Amérique du Sud

« Je passais des heures à observer les albatros géants. »

Les plus grands phoques, de 3 à 5 mètres de long, viennent sur la plage pour muer. Cette période de « mue » durent plusieurs semaines et ces phoques sentent hyper mauvais. Sur le bateau, il y avait aussi des participants qui étaient passionnés d’oiseaux, pour qui cela avait été le rêve de toute une vie de faire cette expédition pour voir de près ces albatros géants. Ils pouvaient rester des heures sur le pont du bateau à les guetter avec leurs jumelles. L’intérêt et la passion qu’ils portaient à ces oiseaux faisaient que je passais moi aussi des heures à observer ces albatros géants, et quand ils s’approchaient du bateau, ils étaient d’une envergure extrêmement grande.

« Tu montes sur le pont et tu découvres une famille de baleines. »

On habite sur le bateau : des îles Falkland à la Géorgie du Sud, on part en zodiac pour aller sur la terre ferme ou aller graviter entre les icebergs et les côtes. Tous les matins, très tôt, on est réveillé par une musique. Il y avait aussi une alarme qui pouvait sonner à tout moment si le commandant de bord du bateau voyait des choses en pleine mer. Une fois, nous avons été réveillés à 4h du matin : tu te lèves, tu es en pyjama, tu mets ton manteau et tu montes sur le pont. Et là, tu vois une famille de baleines et tu oublies tout. C’est juste extraordinaire.

« Pendant deux jours, j’ai dormi 20 heures sur 24… »

Même les membres d’équipage avaient cette joie de découvrir cette nature sauvage et leur enthousiasme était communicatif. Une anecdote : la compagnie te demande d’acheter un pantalon imperméable qui est très utile quand on est sur le zodiac. Dans la liste des choses indispensables, il y avait des médicaments contre le mal de mer. C’était la première fois que je faisais une croisière dans une mer aussi agitée. Au départ d’Ushuaia, on nous a demandé de prendre ces médicaments avant d’avoir le mal de mer. Mais pendant deux jours, j’ai dormi 20h sur 24 : je n’ai donc pas pu aller aux premières conférences. Mais ce médicament est malgré tout très utile, car le bateau chavire en pleine mer jusqu’à 90 degrés, et on se retrouve presqu’à l’horizontal.

« Shackleton, l’idole des grands explorateurs de l’Antarctique. »

On nous a longuement parlé de Shackleton sur le bateau, surtout l’expert historien. C’était son idole. On est passé devant trois petits rochers où Shackleton avait réussi à survivre avec son équipage lors d’un naufrage. On se rend alors compte de l’exploit de ces premiers explorateurs partis découvrir ce continent aussi hostile.

Citation sur la vie polaire de Paul-Emile Victor

« Il y avait un iceberg qui nous a tous hypnotisé. »

Il y avait un iceberg qui nous a tous hypnotisé : il était turquoise et vert, presque comme une couleur de jade. C’est dû à des algues qui sont dans l’eau et qui donnent des couleurs différentes aux icebergs. En fonction aussi de la forme de l’iceberg, tu vas avoir un dégradé de bleu. La lumière le traverse et plus l’iceberg est de forme complexe, plus il est magnifique. Dessus, on peut voir parfois des phoques ou des pingouins qui font leur petite vie. J’ai eu la chance de pouvoir faire du kayak à toutes les sorties et je me demandais parfois : est-ce que c’est vraiment la vraie vie ou est-ce que je suis dans une simulation avec des lunettes ? Seulement une partie de l’iceberg est visible, tout le reste est sous la mer. Quand l’iceberg se retourne, ça charrie des volumes d’eau impressionnant et c’est très dangereux. Le bruit de la glace, à chaque coup de pagaie, c’est magique. Ces petits crépitements, ces étincelles de bruits d’icebergs : ces « pops », c’était trop beau.

« Après 10 ans de voyage, l’antarctique était mon rêve ultime. »

J’ai été vraiment frappé par la bonté et à quel point on était tous différents sur ce bateau. Nous étions tous reliés par ce même rêve de vouloir aller explorer ce continent blanc. Ces trois semaines en promiscuité se sont très bien passées : dans la joie, la bonne humeur, le partage, la curiosité de découvrir les autres car la plupart avait des parcours incroyables. Ca m’a vraiment frappé. C’était l’aboutissement de 10 ans de voyages. J’étais partie au départ en 2008 en Australie, c’est là que j’ai découvert le voyage. Après, je t’ai rencontré : j’aimerais te remercier car si je me suis retrouvée sur ce continent Antarctique, c’est un peu grâce à toi et à MixCity. Par tes aventures, par tes choix de vie et par les voyages que tu partageais au travers de MixCity, je me suis rendue compte que ces rêves de voyages que j’avais dans la tête, c’était réalisable, que c’était faisable. J’ai démissionné et suis devenue freelance, ce qui m’a permise d’avoir le temps pour pouvoir voyager. L’Antarctique était mon rêve ultime.

« Il fallait ensuite réinventer la suite… »

Au retour de ce voyage, il fallait ensuite réinventer la suite. Lorsque j’étais sur ces plages avec ces pingouins, ces baleines et ces oiseaux autour de moi, il y avait un foisonnement de nature et je me suis dis : le reste de la Terre, c’est à ça que ça devrait ressembler. J’ai ressenti une certaine culpabilité, une indécence et il faut être lucide par rapport à tout ça : si on a cette chance d’être privilégié et de pouvoir voir ça de près, le fait d’aller jusque là-bas, c’est de la pollution. On se remet alors en question : est-ce que mon rêve ne contribue pas à détruire cet environnement magnifique que j’ai autour de moi. Je venais de voir des choses extraordinaires. Et suite à ce voyage, j’ai décidé de beaucoup moins voyager et de construire quelque chose en France. Ce fut une prise de conscience douloureuse.

« L’essentiel, ce sont les gens qui nous entourent et l’amour. »

C’était très beau tout ça, mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans les relations avec les autres, les gens qui nous entourent et l’amour. C’était criant. Je venais de faire un voyage extraordinaire, mais cette conclusion était devenue une évidence énorme.

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