Récits de voyage

Des livres. Des films.

L‘incendiaire

Chloe Hooper

Le 7 février 2009 a eu lieu l’incendie le plus meurtrier de l’histoire de l’Australie, causant la mort de plus de 173 personnes. Dans son livre-documentaire « L’incendiaire », Chloe Hooper relate avec rigueur l’histoire de Brendan Sokaluk, accusé d’être l’incendiaire de ce « Samedi noir » inoubliable.

Photo prise début 2013 en Tasmanie après de violents incendies de forêts

Enquête dans la vallée du « Samedi noir » australien

C’est dans la vallée de Latrobe au Sud-Est de Melbourne que les flammes ont ravagé les eucalyptus et causé la mort de plus de 173 personnes le 7 février 2009. En quelques heures, le brasier devint si grand que la plupart des villes alentour enregistraient leurs plus fortes températures depuis 150 ans (46,4 °C à Melbourne).

Non loin de là, Brendan Sokaluk vivait paisiblement dans une petite maison en brique d’une cité industrielle modeste, proche du premier foyer de cet incendie. Selon ses voisins, Brendan est « différent ». Le soir de l’incendie, on a pu le voir assis sur le toit de sa maison à contempler ce spectacle malheureux :

« Mon héros préféré, c’est la terre parce que sans elle on serait tous morts. »

L’autisme de Brendan lui cause des problèmes depuis son enfance. Incapable de garder un emploi très longtemps, il bricole chez lui et fait souvent des feux. « Je brûle des trucs », dit-il. Son comportement étrange fit de lui un coupable idéal.

Les feux du jugement

Le livre de Chloe Hooper relate donc l’histoire de cet homme, cet incendiaire qui sera jugé et incarcéré après avoir notamment déclaré avoir jeté en pleine nature un mouchoir en papier contenant les cendres d’une cigarette alors qu’il se promenait. Pourtant, celui-ci se proclame innocent, il dit trop aimer la nature pour lui faire du mal. Les faits sont pourtant têtus, les principaux témoins également. La communauté de la vallée de Latrobe a certainement besoin d’un coupable, elle veut faire payer ses « morts » à celui qui a osé détruire le seul environnement agréable qui restait dans la vie de tous.

« Celui que toute l’Australie exècre. »

« Celui que toute l’Australie exècre » (dixit la presse australienne) continuera pourtant à parler « d’accident » et à proclamer son innocence. Car du côté de la défense, certains faits demeurent encore élucidés : plusieurs foyers se sont développés quasi-simultanément ce jour-là, et Brendan n’a été vu que près d’un seul. De plus, la mémoire de Brendan ne lui permet pas de donner des explications probantes, malgré une avocate qui a su rendre l’humanité de ce soi-disant « monstre » autiste.

Les témoignages poignants de ceux qui ont perdu leurs proches ont une telle charge émotionnelle que les malheurs de la vie de Brendan semblent bien anecdotiques. La rigueur du livre de Chloe Hooper est sur ce point exemplaire : on y croise les récits implacables de ceux qui ont tout perdu avec les remords des parents de Brendan. Le jury se tait et écoute. Pendant ce temps-là, Brendan dessine sur une table du tribunal en attendant que le juge se prononce.

Un plaidoyer pour l’environnement

Chloe Hooper est une journaliste engagée et son parcours a montré combien la cause environnementale australienne compte pour elle. Avec « L’incendiaire », elle veut bien sûr dénoncer une société australienne qui est en partie sourde aux « méga-feux » qui se développent ces dernières années en Australie et dans le reste du monde. Les incendiaires y sont certes nombreux, mais tous ces feux ne sont pas uniquement volontaires, le changement climatique ayant aujourd’hui le monopole de ces incendies géants.

Et les faits lui donnent raison. 10 ans plus tard, début 2020 (date à la quelle sort son livre), l’Australie vivra la pire des années depuis l’occupation de l’homme : plus d’un milliards de mammifères, oiseaux et reptiles ont péri et plusieurs millions d’hectares de végétation ont été rayés de la carte australienne.

Doit-on mettre en cause l’industrialisation, à l’image des grandes centrales électriques présentes dans la vallée où vivait Brendan ? Doit-on mettre en cause l’Homme ? La Nature ? Chloe Hooper aurait certainement aimé trouver des réponses en interrogeant directement Brendan, mais elle n’en a malheureusement pas eu l’autorisation. Les réponses restent encore à trouver pour les années futures.

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