L‘aventurière des sables

Un livre de Sarah Marquis

Sarah Marquis fait partie depuis quelques années du groupe très fermé des aventurières des temps modernes. Nommée par le National Geographic « aventurière de l’année » en 2014, elle est également devenue autrice d’ouvrages racontant ses nombreux périples. « L’aventurière des sables » est le premier d’une série de 3 livres racontant ses expéditions en Australie.

Cela donc avec un grand intérêt que j’ai lu cette série d’ouvrages, dont le parcours fut parfois similaire au mien lors des mes différents voyages en Australie.

Le Mont Augustus, à l'Ouest de l'Australie, dans le bush australien
Le Mont Augustus, à l’Ouest de l’Australie, dans le bush australien.

Let your soul touch the Earth… go walking !

Le truc de Sarah Marquis, c’est la marche ! Et Sarah marche beaucoup, et longtemps. En 2000, elle débute ses aventures par un premier périple pédestre aux Etats-Unis : 4 260 km parcourus en quatre mois. Et c’est en 2002 que débute l’aventure qui nous intéresse ici, à savoir un tour d’Australie dans ses déserts les plus arides, avec à la clé 14 000 km parcourus en 17 mois (oui, vous avez bien lu, cela fait près d’un an et demi de marche quotidienne, et 28 km environ parcourus par jour ) !

A travers ce livre, je commençais la construction de mon fameux petit pont qui a pour but de relier l’humain à Dame Nature. […] Il me faudra encore dix ans, bien des expéditions et des kilomètres avant de comprendre clairement que cette promesse allait devenir ma mission de Vie.

Publié en Suisse en 2004, « L’aventurière des sables » raconte donc les épisodes de cette longue traversée. Malheureusement, ce premier livre de Sarah Marquis n’eut qu’un succès d’estime à sa sortie, ne dépassant pas les frontières de ses montagnes jurassiennes natales. Et c’est avec une édition 2018 complètement revue que le livre prit son envol dans les librairies et dans ma bibliothèque, friand que j’étais de découvrir cette grande épopée australienne en pleine nature.

Premiers pas dans le bush australien

« Je me sens tellement libre… ». Sarah Marquis ne semble vivre que lorsqu’elle est dans son élément : la pleine nature. Son sac de 30 kg sur le dos, elle marche seule, inlassablement, et nous invite à faire de même :

Je vous invite à marcher pieds nus dans l’herbe le matin, les yeux fermés, à vous coucher tout nu dans un petit ruisseau de montagne, à toucher l’écorce du bouleau pour ressentir son énergie ou tout simplement sentir avec tous vos pores.

Après un an de préparation, elle a une motivation sans faille. C’est d’Alice Springs, au centre de l’Australie, qu’elle part, le jour de ses 30 ans.

Dès les premières pages du livre, une fascination et un respect total se dégagent pour la culture aborigène d’Australie. On sent chez Sarah l’envie forte de rencontrer ces communautés ancestrales. Car les « vrais australiens » connaissent depuis 60 000 ans le désert mieux que quiconque. Je ne raconterai pas ici leur histoire tragique, j’ajouterai simplement que tout voyageur passionné cherchant à découvrir le bush australien rêvera d’une rencontre, d’un échange avec les aborigènes d’Australie. Chacun aura sa raison : mieux comprendre d’où nous venons, confronter nos différences ou tout simplement apprendre à mieux se connaître.

Mais revenons à Sarah. Elle marche toujours, inlassablement, parmi les spinifex des déserts rouges qu’elle traverse. Elle connait en théorie les dangers potentiels de son parcours : les serpents (les plus venimeux au monde), l’homme (certains lui diront de se méfier des aborigènes, d’autres de l’homme blanc), la chaleur, la faim, la soif… Elle a appris à chasser dans les livres et met en pratique son savoir, elle suit les puits de son parcours, en espérant y trouver de l’eau. Et elle fait aussi parfois des rencontres…

Chasser et trouver de l’eau réveille à mon insu mon être profond, mon animalité.

Des rencontres insolites

Une rencontre avec l’homme blanc isolé dans le bush est selon Sarah la plus dangereuse. De la presque demande en mariage à l’accueil glacial ou suspect dans les pubs qu’elle croise sur son chemin, le lecteur comprend vite que toutes ces rencontres ne sont pas toujours heureuses.

A contrario, la faune australienne lui réserve de belles surprises. Si la mouche n’est certainement pas la plus accueillante (toute personne ayant voyagé dans le bush australien en a forcément fait les frais), il y a aussi autour d’elle les kangourous, les émeus, les dromadaires… Et le hasard d’une rencontre qui va transformer sa vie : D’Joe, un chien qu’elle sauve d’une mort atroce et qui l’accompagnera le reste de son voyage.

Un quotidien de survie

Sarah a beaucoup lu sur la culture aborigène. Elle a appris à se nourrir de gros vers blancs, de serpents, de goannas (gros lézards) qu’elle chasse à la sarbacane. Elle apprendra aussi à fuir le crocodile et les feux de forêt.

Dans le désert de Gibson, elle affrontera la chaleur… et la soif. Un puit seulement l’attend tous les 200 km sur cette plaine de Nullarbor célèbre pour son étendue. La ligne de chemin de fer qui va de l’Est vers l’Ouest du pays ponctue son chemin. L’immensité commence à l’envahir…

Je me rapproche de plus en plus du règne animal. Je me trouve détachée de mon intellect, de plus en plus. […] Je suis comme une éponge qui absorbe toutes les couleurs, le vent, la chaleur. Je ne fais plus qu’un avec les éléments, avec ce biotope qui m’entoure.

En juin 2003, elle a déjà 31 ans, et plus de 10 000 km dans les jambes. Elle commence alors à faiblir, et finit par tomber malade en plein désert… avant de reprendre sa route.

Une dernière rencontre autour du feu…

La déshydratation est le grand danger des aventuriers des sables. Et Sarah en fait les frais les derniers jours de son périple. Heureux hasard, elle croise une communauté aborigène assis autour d’un feu. Et pendant quelques jours, elle devient un membre de cette famille d’adoption.

Dans ma tête, je m’étais toujours imaginée rencontrer de vrais Aborigènes assis paisiblement autour du feu…

Aujourd’hui, ces silhouettes, sourires, voix, rires… sont dans mon coeur. Gravés malgré moi…

Le périple de Sarah se termine enfin, une boucle est bouclée, en attendant une prochaine aventure. Et le lecteur que je suis ferme le livre et se remet à rêver à de nouveaux voyages australiens.

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